Le rôle des radio-amateurs

 
 

Le rôle des radio-amateurs

 

L’histoire de la radio-amateur en tant que telle se confond avec celle de la TSF en général.

Au sens large, le terme radio-amateur englobe tous ceux qui ont de l’intérêt pour la radio, c’est-à-dire les auditeurs qui recherchent la station rare et lointaine, les expérimentateurs, les bricoleurs, et enfin les émetteurs.   Au sens strict, ce dernier groupe seulement est désigné sous ce vocable.

Depuis le début de l’histoire de la TSF, l’apport et le rôle des amateurs ont été d’une importance capitale.  Que d’inventions, que d’améliorations, dont les auteurs resteront à jamais anonymes, ont contribué au développement de la radio au point de vue technique!  Parmi eux, il y avait des savants, des physiciens, des chimistes, des militaires, qui avaient tous quelque choses en commun :  la fascination qu’exerçait sur eux le phénomène TSF, et leur enthousiasme envers la recherche et l’expérimentation.  Ils ont été de véritables pionniers, dont les efforts se sont traduits par une croissance rapide de cette invention.

Le premier radio-amateur de l’histoire est sans aucun doute celui qui, à Douvres, Angleterre, réussit à capter le message de détresse émis par le bateau-phare Goodwin lors d’une collision avec le vapeur Mathews au large des côtes anglaises, en 1899.  Nul ne saura jamais son nom, ni qui il était, mais ses efforts ont sûrement contribué au sauvetage de vies humaines.  A cette époque, les appareils de Marconi étaient d’une simplicité telle que, la publicité aidant, tout bon bricoleur pouvait en fabriquer lui-même :  Marconi en avait expliqué la composition et le fonctionnement dans des revues, telles que Electrician en Angleterre, et au cours de multiples conférences données devant les milieux scientifiques d’alors.

Les appareils émetteurs à éclateur d’étincelles (spark-gap transmitters) et les récepteurs à cohéreur étant relativement peu coûteux, et assez laciles à construire, le nombre d’amateurs s’éleva rapidement, pour atteindre, en 1912, plusieurs centaines.  En cette même année 1912, un jeune enthousiaste de la TSF avait installé ses appareils au dernier étage d’un gratte-ciel de New York, l’édifice Wannamaker.  Le quinze avril, à minuit quinze exactement, il recevait péniblement un faible appel de détresse «CQD» suivi des coordonnées d’une position cartographique, et de l’indicatif MGY.  C’était le luxueux paquebot Titanic signalant qu’il était en train de sombrer avec deux mille trois cents passagers à bord.  Pour un sans-filiste encore à ses débuts, on peut facilement imaginer l’émotion intense qu’il dut ressentir!  C’était le jeune David Sarnoff, futur président la prestigieuse Radio Corporation of America (RCA), et plus tard de la «National Broadcasting Company» (NBC).

Peu après, les autorités gouvernementales furent forcées de réglementer l’usage des postes de TSF, pour éviter les abus, la confusion et l’anarchie.  On craignait, avec raison, que la multiplicité des signaux émanant de stations privées, et toutes groupées dans une même bande de fréquences relativement restreinte à cette époque, ne fassent interférence aux signaux des stations officielles, et aux éventuels appels de détresse.  De leur côté, les radio-amateurs voyaient, par le fait même, leur existence menacée.  C’est pourquoi, en 1914, un groupe de sans-filistes américains fondait la première association radio-amateur du monde, l’«American Radio Relay League»  (ARRL), et assurait le gouvernement de sa collaboration en matière de services d’urgence à la population.  Le terme Relay (relais) indiquait le système de relais des messages d’une station à une autre, en vue de couvrir une plus longue distance.  En effet, à cette époque où les ondes courtes n’avaient pas encore été explorées, la fréquence maximale permise était d’environ 1,500 kilohertz, et la longueur d’onde de l’ordre de deux cents mètres.  Dans ces conditions, seules de courtes distances pouvaient être franchies, et les relais devenaient nécessaires.  Le premier président de l’association fut Hiran Percy Maxim, qui demeura à ce poste jusqu’en 1936.

En 1917, lors de l’entrée en guerre des États-Unis, l’ARRL groupait environ six mille amateurs, dont quatre mille servirent sous les drapeaux, au sein des unités de transmission des Forces Armées.  Celles-ci profitèrent largement de leurs connaissances et de leur expérience.  Toute activité cessa alors pendant la guerre dans les milieux sans-filistes américains et canadiens par ordre des gouvernements; aux États-Unis, elles ne devaient reprendre qu’en 1919.  Cette pause parqua la fin de la première période de l’histoire de la TSF; l’ère des installations purement électriques était révolue.  En 1915, débutait l’ère de l’électronique avec l’entrée en action des lampes à vacuum, intentées par De Forest, et exploitées par l’entreprises Westinghouse de Pittsburgh.  La première partie de l’histoire de la TSF s’était écrite en Europe, de 1894 à 1914; la seconde, celle de la radio – son nouveau nom-, l’avait été aux États-Unis.

L’interdiction faite aux amateurs américains ne fut levée qu’en octobre 1919, alors que l’armistice était singé déjà depuis un an, et encore, après bien des tergiversations.  Le gouvernement avait presque décidé de garder le contrôle absolu sur toute activité radiophonique, quelque qu’elle soit.  Il avait pris goût à cette hégémonie inconditionnelle.  L’avis d’interdiction était déjà sur la table du Congrès.  C’est grâce aux efforts opiniâtres du président de l’ARRL  d’alors, Hiram Maxim, qu’il relâcha un peu son étreinte.  Les arguments de Maxim étaient convaincants :  il parlait de collaboration et de nécessité d’un réseau de postes privés d’amateurs, qui pourraient éventuellement se relayer les uns les autres en cas d’urgence, et ainsi rendre de grand services à la nation.  Dès que le feu vert fut donné par le gouvernement, on vit une recrudescence de stations amateurs du jour au lendemain.   Avec la permission d’opérer sur 200 mètres, soit 1,500 kilohertz, les communications des sans-filistes couvrirent bientôt tout le territoire américain d’est en ouest, souvent avec l’aide d’un seul relais.

Mais ils rêvaient toujours d’aller plus loin.  De 1,000 milles couverts sans relais, la distance se prolongea à 1,500, puis à 2,000.  Il ne restait à franchir que la grande barrière, l’océan Atlantique.  En 1921, l’Association délégua en Europe un opérateur chevronné, muni d’un équipement dernier cri, et avec mission de se mettre à l’écoute pour capter les signaux des amateurs américains :  il en entendit une bonne trentaine, et dès l’année suivante, 315 stations américaines furent captées.  Inversement, on avait pu recevoir les émissions de trois stations européennes, deux anglaises et une française (8AB, Léon Deloy) de ce côté-ci de l’Atlantique.  Ce qui prouvait hors de tout doute que les liaisons étaient possibles dans  les deux sens…avec un peu de chance.

Pendant l’année qui suivit, les travaux de recherches se multiplièrent, on fit de nombreux tests sur des longueurs d’ondes inférieures à 200 mètres; en 1922, on essaya 130 mètres (2.3 mégahertz) avec succès;  puis en 1923, sur 90 mètres (3.3 mégahertz);  on en déduisit alors que plus la longueurs d’onde était réduite, et la fréquence augmentée, plus les résultats devenaient intéressants.  Grande découverte, en vérité, car, jusqu’à ce moment, les experts étaient convaincus que toute longueur d’onde inférieure à 200 mètres n’était d’aucune utilité.

Enfin ce qui devait arriver arriva :  le 27 novembre 1923, une nouvelle page de l’histoire était écrite;  une première liaison dans les deux sens était réalisée entre le sans-filiste français Léon Deloy (8AB) de Nice, et l’Américain Frédéric Schnell (1MO) de Hartford, sur 103 mètres, soit 2.9 mégahertz, pendant plusieurs heures.  Une troisième station se joignit à eux,  l’américain Reinartz (1XAM).  La revue française Radio-Ref. reproduit dans son numéro de mars 1969, une photo de la carte «QSL» échangée à cette occasion entre les deux opérateurs.

Cet exploit, puisque exploit il y avait, ne resta pas sans lendemain;  il se produisit une ruée vers ces nouvelles longueurs d’onde, de 90 à 100 mètres, trois mégahertz, de la part des amateurs.  Cet exemple fut bientôt suivi par les stations commerciales et publiques, désireuses elles aussi de se faire entendre outre-atlantique.  Si bien que peu de temps après, ces longueurs d’onde devinrent passablement encombrées.  C’était le début de l’ère des «ondes courtes».  L’année suivante, en 1924, une première conférence internationale siégea dans le but de réglementer et partager les fréquences et longueurs d’onde parmi les différents services;  les radio-amateurs se virent attribuer leurs propres limites;  et ainsi, par le fait même, leur existence et leur statut devenaient officiellement reconnus à l’échelle mondiale.

D’où il ressort clairement que les amateurs sont à l’origine même de la découverte des ondes courtes en 1923 :  ce sont eux qui, les premiers, les ont explorées.  Certains, en 1924, ont même poussé l’investigation jusqu’à cinq mètres, cependant sans grand résultat.  A partir de ce moment, une collaboration étroite s’établit entre les radio-amateurs d’une part, et les autorités gouvernementales et militaires d’autre part ;  les explorateurs de l’Arctique, et les Forces Armées profitèrent de leurs bons offices.  Ce qui contribua à renforcer leur position.

Les services rendus aux populations du monde entier par les radio-amateurs sont innombrables.  Dans toute leur histoire, ceux-ci n’ont cessé de se rendre utiles en plusieurs occasions.  Un sauvetage en mer est même porté exclusivement à leur crédit :  celui du vapeur Hedwig en détresse entre Hong-Kong et les Philippines en 1931.  Lors de cataclysmes naturels, accidents et urgences de toutes sortes, tels que les inondations en Nouvelle-Angleterre en 1936, en Californie en 1938, les ouragans de Floride en 1947, et plus près de nous, les incendies de Rimouski et de Cabano en 1950, l’intervention de plusieurs de ces opérateurs bénévoles rendit possible le sauvetage de nombreuses vies humaines, ou du moins, facilita grandement l’acheminement de secours.  La défence civile s’est donc assuré le concours de clubs de radio-amateurs et de «Cbistes» pour établir un réseau de communication en cas d’urgence.

Les sans-filistes ont toujours été par ailleurs à la fine pointe du progrès et du développement de la radio.  La première station commerciale à s’établir aux Etats-Unis, KDKA, de Pittsburgh, doit la vie à un radio-amateur, le docteur Frank Conrad.  Celui-ci avait fait œuvre de pionnier en construisant et en opérant une station privée dans son domicile de banlieue, en 1916, sous l’indicatif «8XK».  Comme il était un employé de la Westinghouse, ses patrons lui avaient demandé de construire une station semblable à la sienne pour le compte de la compagnie dans un but commercial, et cette nouvelle station s’était vue attribuer au début l’indicatif «8XS».  A noter que cette station opérait à l’aide de lampes électroniques à vacuum.

Comme on le sait déjà, cette entreprise avait été la première à faire des recherches en laboratoire sur l’utilisation de ce nouveau moyen de transmission et de réception, qui remplaçait avantageusement les anciens, c’est-à-dire les éclateurs spark-gap et les cohéreurs.  En 1920, la station expérimentale «8XS» du docteur Conrad devenait officiellement la station commerciale publique KDKA.

Le même processus fut suivi au Canada.  Par exemple, le club radio-amateur d’Ottawa exploitait une station modèle dont l’indicatif était «OA».  Celle-ci fut mise à contribution par le CNR à l’occasion du Nouvel An, en 1914.  Un programme spécial, originant du poste CHYC de Montréal, et destiné à transmettre les vœux du président de la compagnie, fut relayé aux auditeurs de la région grâce à cette station expérimentale, qui devint par la suite station officielle du ministère de la Marine.

La contribution des radio-amateurs ne s’arrêta pas là :  plusieurs s’aventurèrent dans l’investigation des ondes ultra-courtes, toujours dans le but d’aller plus loin dans leurs recherches.  Leur expérience fut mise à profit en ce qui concerne l’action de la couche ionosphérique sur les ondes courtes.

La prolifération de stations amateurs eut comme effet le surpeuplement des bandes autorisées, et l’interférence fut bientôt un problème.  Mais curieusement, ce même problème donna naissance à des découvertes et améliorations importantes.  Par exemples, les sans-filistes les plus fortunés délaissaient leurs anciens émetteurs à étincelles et ondes amorties (DW) pour adopter les appareils électroniques à ondes constantes (CW).

Ouvrons ici une parenthèse pour une petite mise au point :  on a tendance à croire  généralement que le terme «CW» signifie nécessairement télégraphie, alors qu’il s’applique tout autant à la téléphonie.  En fait, CW est l’abréviation de Constant Waves, ondes continues ou constantes, par opposition à Damped Waves, ondes amorties (DW), des anciens émetteurs à étincelles (spark-gap transmitters).

Au chapitre des perfectionnements dus en grande partie aux radio-amateurs, il convient de mentionner, selon l’ARRL Handbook, les circuits superhétérodynes mis au pints en 1932, grâce à leur collaboration; le contrôle à crystal des fréquences, la rectification et la filtration des courants alternatifs et l’élimination des parasites.  Il faut dire que certains de ces amateurs étaient de véritables savants, et d’habiles techniciens.  Grâce à eux, l’invention de la radio acquit en une décennie un degré de perfectionnement très avancé.  Après la dernière guerre, celle 39-45, le système de transmission à bande latérale unique (BLU) fut d’abord expérimenté par des radio-amateurs;  les stations commerciales à ondes courtes s’y convertissent de plus en plus.  On pourrait continuer l’énumération :  mais il suffit de jeter un coup d’œil sur les publications des sans-filistes dans leurs magazines spécialisé qui paraissent dans plusieurs pays, notamment en France et aux Etats-Unis, pour se rendre compte du haut degré scientifique qu’ils ont atteint.  Les amateurs canadiens ne sont d’ailleurs pas en reste, et suivent de près les performances de leurs voisins, les clubs de simples auditeurs d’ondes courtes emboîtent le pas dans cette voie;  ils n’ont rien à envier à leurs confrères émetteurs.

En guise de conclusion, on peut sûrement avancer que Guglielmo marconi lui-même a été le premier sans-filiste amateur au monde, du moins à ses débuts; sa jeunesse, le caractère artisanal observé dans la construction de ses appareils, et l’esprit qui l’animait lors de ses premières tentatives – n’ayant pour seul but que d’expérimenter pour son plaisir - , tout cela conforme cette opinion.  Il l’avoua lui-même, au cours d’une réunion de sans-filistes tenus à Fresno, Californie, où il avait été l’invité d’honneur, en 1930.  Un jeune débutant qui lui était présenté fit la remarque suivante :  «C’est un grand honneur pour un amateur comme moi de serrer la main à un aussi grand homme!»  Et Marconi de répondre :  «Ne vous en faites pas, jeune homme, je ne suis qu’un simple amateur moi-même», avouant du même coup le peu de formation scientifique formelle qu’il avait reçue.  Sa modestie ne put que lui attirer la sympathie de l’auditoire.

Conséquemment, les radio-amateurs du monde entier se méritèrent, au cours de l’histoire, non seulement la gratitude du grand public radiophile, mais aussi la reconnaissance de leurs talents par les milieux scientifiques.

 

 

      

 

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