|
|
|
LES GRANDS NOMS DE L'HISTOIRE
DE LA RADIO
|
|
EN ALLEMAGNE |
|
HERTZ |
|
Heinrich Rudolph Hertz naquit à Hambourg, en 1847, d'un
père sénateur. Il enseigna d'abord à l'université de Berlin,
et obtint ensuite une chaire de physique à celle de Bonn. Il
est considéré à juste titre comme l'un des plus grands physiciens,
non seulement de l'Allemagne, mais du monde entier. Son
principal titre de gloire est sans doute la découverte qu'il a faite
sur les ondes électromagnétiques, qui portent son non: les
ondes "hertziennes". C'est en son honneur, également,
qu'on a appelé "hertz" l'unité de mesure de la fréquence
de ces ondes (kilohertz, mégahertz).
Lors de ses recherches, il s'inspira des travaux de ses compatriotes
aînés Oersted et Gauss sur le magnétisme électrique. Mais
c'est surtout ceux de l'écossais Maxwell qui ont retenu son
attention, et l'ont amené à découvrir que les ondes
électromagnétiques suivent les mêmes lois que celles de la
lumière: réflexion, réfraction, diffraction, interférence,
polarisation, et vitesse de propagation. Ses découvertes
confirmaient les théories de Maxwell, tout en allant beaucoup plus
loin.
Ses premiers travaux ont démontré le rôle du diélectrique dans
l'induction, suivant les traces de son compatriote Rhumkorf ; il
est arrivé à ce résultat en produisant des oscillations
extrêmement rapides.
Tout cela allait l'amener progressivement à la réalisation de sa
vie: la première expérience de transmission des ondes
électromagnétiques, qui prouvait qu'un courant alternatif de haute
fréquence n'a pas besoin de conducteur pour se déplacer et se
transmettre d'un point à un autre dans l'espace, et que son
intensité en un point donné est inversement proportionnelle au
carré de la distance parcourue.
Pour étayer ces théories, il construisit un appareil qu'il nomma
"excitateur". Il était composé d'une bobine
d'induction, dont le primaire était relié à une pile par
l'intermédiaire d'un interrupteur; et le secondaire à deux
condensateurs, d'une part, à deux sphères de laiton, d'autre
part. Ces dernières, constituant "l'éclateur",
avaient un diamètre de quinze centimètres, et servaient
d'électrodes entre lesquelles éclataient des étincelles très
fortes.
Quand l'interrupteur ou le manipulateur "M" était fermé,
le courant de la pile "P" passait dans le primaire de la
bobine "L". L'interruption amenait une induction dans
le secondaire, et quand la tension montait dans les condensateurs
"C" qui étaient reliés, une décharge se produisait entre
les sphères de l'éclateur "E" sous forme d'une série
d'étincelles, qui produisaient des oscillations amorties à très
haute fréquence.
Pour contrôler l'efficacité de son oscillateur, puisque c'en était
un, Hertz fabriqua un appareil très simple qu'il appela
"résonateur", constitué d'une tige métallique recourbée
en forme de cercle et dont les deux extrémités étaient séparées
par un espace variable, et munies de deux petites sphères. Cet
appareil, quand il était à une certaine distance de l'excitateur-oscillateur,
résonnait et oscillait à son tour à la même fréquence. Une
étincelle microscopique éclatait alors entre les deux petites
sphères. Le résonateur, même s'il manquait totalement de
sensibilité, constituait tout de même une sorte de récepteur, et
prouvait qu'il y avait eu émission réelle.
Et c'est ainsi qu'en 1887, Hertz devenait le premier homme à émettre
et recevoir, sans fil, des ondes électromagnétiques sur une distance
donnée. Dans le cas présent, il va sans dire, celle-ci était
très réduite: la longueur de la pièce qui lui servait de
laboratoire. Mais on peut présumer qu'elle aurait pu être plus
grande si l'expérience avait eu lieu à l'extérieur. Il
s'agissait, cependant, d'une grande première, et cela revêtait une
importance capitale pour l'avenir de la TSF, qui allait naître
d'elle.
On peut donc affirmer, sans risque d'hérésie, que Hertz est
incontestablement l'inventeur théorique de l'émission d'ondes
hertziennes appelée plus tard "télégraphie sans fil"
quand elle sera appliquée aux télécommunications, même si ses
expériences n'étaient pas nécessairement orientées vers cet
objectif, et restaient au stade plutôt théorique. Il ne se
doutait probablement pas que sa découverte allait servir de base à
un ensemble d'autres, plus pratiques, et qu'il allait devenir, de ce
fait, un des grands noms de l'histoire de la radio. La voie
était toute tracée; il ne restait qu'à la suivre, la
développer, l'appliquer et l'exploiter.
Hertz poursuivit plus tard ses recherches dans des domaines
connexes. Il démontra, par exemple, le phénomène
photoélectrique en remarquant que des décharges électriques se
produisaient plus facilement en présence de lumière ultra-violette,
et découvrit l'influence des ondes électromagnétiques sur celles de
la lumière, allant même jusqu'à la transmettre, ce qui constituait
la base de la théorie de la future télévision.
Heinrich Hertz, un génie de la physique, et à qui nous devons
beaucoup, mourut à Bonn en 1894, l'année même où un jeune italien,
Marconi, allait se servir de son invention, pour produire le premier
émetteur de TSF.
|
|
EN FRANCE |
|
BRANLY |
|
Édouard Branly vit le jour à Amiens en 1844. Il
fut successivement professeur de physique à l'Académie des Sciences
et à l'Institut de Paris. C'est là qu'il se livra à des
travaux de recherches sur la réception des ondes électromagnétiques
récemment découvertes par le physicien allemand Hertz.
C'est grâce à ces deux savants si Marconi a pu construire un premier
système émetteur-récepteur de TSF. En effet, son émetteur
était une réplique complétée de l'oscillateur de Hertz, et son
récepteur, une adaptation du "cohéreur", appareil que
Branly inventa en 1890. Ce physicien français est donc, en
quelque sorte, avec Hertz, le co-inventeur de la TSF, et en toute
justice, il faut lui en rendre le témoignage et lui en donne le
crédit.
|
|
LE COHÉREUR DE BRANLY |
|
Principe: Ce "cohéreur" qui
était à la base du premier récepteur TSF, était un appareil très
simple basé sur le principe suivant, découvert par Branly: de
la limaille métallique, qui à l'était ordinaire de repos offre une
grande résistance aux courants électriques, devient subitement
conductrice dès qu'elle est influencée par les ondes
électromagnétiques ou hertziennes. Cette conductibilité de la
limaille subsiste, en général, lorsqu'elle n'est plus sous
l'influence des ondes, mais elle est détruite par un léger
choc: on dit alors qu'elle est "décohérée".
Description: L'appareil se compose d'un tube de verre
d'environ quatre centimètres de longueur, muni en son centre de deux
bouchons métalliques distants l'un de l'autre de quelques
millimètres seulement; dans cet espace, on a déposé de la
limaille d'un métal quelconque, laquelle est en contact avec les
bouchons métalliques servant d'électrodes, et auxquels sont reliés
des fils conducteurs.
Fonctionnement: La limaille, comme nous l'avons dit,
devenant conductrice, laisse donc passer le courant d'une pile, vers
un relais, par exemple, ou tout autre circuit. En théorie, un
cohéreur, tel que décrit, devrait pouvoir rendre audibles d'une
façon ou d'une autre, dans des écouteurs, les signaux de
télégraphie encode Morse ou d'une onde porteuse non modulée, émis
par une station voisine.
En 1902, Branly poursuivit ses travaux et réalisa la première
expérience de télécommande avec son cohéreur, et put actionner à
distance un dispositif électrique tel que sonnerie, moteur,
relais...etc.
La contribution de Branly à l'invention collective de la TSF a, par
conséquent, été des plus importantes. Si Hertz a posé la
première pierre de cet édifice, Branly en a sans doute posé la
seconde immédiatement après. Sans le cohéreur de Branly, l'oscillateur-émetteur
de Hertz n'avait qu'un intérêt didactique et théorique: le
monde scientifique de la TSF du début du siècle lui doit donc
beaucoup
Il a eu la bonne fortune de voir reconnaître ses mérites comme
savant pendant sa vie active. Il était l'un des présidents
d'honneur lors de la fondation d'un organisme français appelé
"La Corporation de la TSF". A cette occasion, il a
prononcé un discours, dont nous possédons un enregistrement sur
disque et au cours duquel il rend hommage à tous les pionniers de la
radio.
Branly est mort à Paris en 1940, en pleine guerre. Il a vécu
assez longtemps pour pouvoir suivre la lente évolution de la TSF et
la complète maturation de cette invention merveilleuse qu'est devenue
"la radio" et dont il est l'un des premiers instigateurs.
|
|
La tour Eiffel
« La Tour », comme l’appellent
affectueusement les Parisiens, a toujours été un grand nom du monde
touristique; mais elle est
aussi un grand nom du monde technique de la radio.
Les Français, en grands romanesques qu’ils sont, lui ont
depuis toujours prêté une personnalité bien vivante; au point qu’à
l’issue de la Première Guerre mondiale, elle a été officiellement
citée à l’ordre du jour pour services rendus à la cause des
communications.
L’histoire de la radio en France débutait avec
Branly en 1890; elle se poursuivait avec l’installation à Wimereux,
près du Pas-de-Calais, en 1899, d’une station expérimentale faisant
partie du réseau Marconi d’Angleterre.
Puis ce fut la Première Guerre, au cours de laquelle la TSF fit
ses premières armes en France, grâce à l’installation spectaculaire
d’une antenne au sommet de la tour Eiffel.
Évidemment il s’agissait d’une initiative strictement
militaire, sous les ordres du commandant du Service des Communications,
le Général Ferrié, qui devait en conserver la mainmise jusqu’en
1923. Mais après sa carrière
militaire, la grande antenne de la Tour servit à d’autres fins
utilitaires, telles que diffusion de messages, données de météorologie
et signaux horaires, en télégraphie naturellement.
C’est en novembre 1921 que débutaient à la radio de la Tour
Eiffel, les émissions régulières, sur la longueur d’ondes de 205 mètres,
soit 1455 kilohertz.
Un peu plus tard, une autre station, Radio-Paris,
entrait en fonction sur la longueur d’ondes de 1648 mètres, avec une fréquence de seulement 182 kilohertz.
C’est ce que nous appelons aujourd’hui les « Grandes
Ondes ». On peut
difficilement imaginer quel genre d’antennes il aura fallu installer
pour convenir à cette longueur d’ondes, sachant qu’à cette époque,
les connaissances en matière d’antennes n’étaient pas celles
d’aujourd’hui (surtout en ce qui a trait aux compensations
inductives et capacitives nécessaires en de tels cas.)
En 1923, le contrôle militaire sur les installations
de la Tour cessait, et était remplacé par un monopole d’état, les
PTT. La station était aménagée
tant bien que mal, et plutôt mal, avouons-le, dans un cabanon qui
servait auparavant à entreposer les outils de jardinage des préposés
à l’entretien du Champ-de-Mars, dans un sous-sol situé directement
en dessous du pilier nord de la Tour.
Au tout début, le microphone de cette station était mobile, en
ce sens qu’il était tenu devant la bouche des artistes par un
technicien qui l’approchait ou l’éloignait d’eux selon les
intensités de la voix et des sons.
Un peu plus tard, un certain perfectionnement permit
la fixation du microphone au mur, avec une tablette en dessous,
exactement comme les antiques téléphones muraux d’autrefois.
Cette tablette devait supporter les feuillets où étaient écrits
les textes des orateurs; « mais comme il n’y avait aucun moyen
de les retenir, il arrivait souvent de les voir voltiger à nos pieds »,
raconte un témoin, Pierre Descaves, dans son livre : Quand la
radio s’appelait Tour Eiffel.
Comme
on peut le constater, les débuts, « à la Tour », comme
partout ailleurs, furent assez laborieux.
|
|
Ducretet
|
|
Eugène Ducretet, savant et industriel français,
naquit en 1844. Sans être
un inventeur proprement dit, il donna tout de même une forte impulsion
au développement de la TSF, surtout en France.
C’est lui qui construisit le premier appareil récepteur qui
ait existé dans son pays natal en 1897, soit trois ans après celui de
Marconi. Il décida alors d’en construire d’autres sur une base
commerciale et industrielle.
Si bien que bientôt, les appareils de marque « Ducretet »
se firent nombreux en France (Robert).
Mais une très vieille photo, reproduite dans
Histoire de la radio de Miquel, le représente en compagnie d’Alexandre
Popov, en train d’installer une station expérimentale de TSF au deuxième
étage de la tour Eiffel, en 1898.
Du côté scientifique,
il fit une découverte d’importance :
il découvrit la possibilité de transmission des ondes
hertziennes par le sol (ondes de terre, « ground-waves ».
Il décéda en1915;
il avait rendu service à la France et à la cause de la TSF.
|
|
En Italie
|
|
Righi
Augusto Righi, né à Bologne, Italie, en 1850, était
titulaire de la chaire de physique à l’université de cette ville
quand il s’illustra par des travaux sur la lumière polarisée, la
vision stéréoscopique et la polarisation diélectrique.
Plus près du sujet qui nous intéresse, il a en outre inventé
un microphone à poudre conductrice, et étudié la réflexion des ondes
par des surfaces métalliques.
Mais très bientôt, il s’intéressa aux découvertes
de Hertz, à tel point qu’en 1892, il construisait un
excitateur-oscillateur sur le modèle de celui du savant allemand, mais
en y apportant une amélioration :
il avait remplacé les condensateurs sphériques par des
condensateurs à plaques. Ce
qui rendait l’appareil plus efficace, comme nous le verrons par la
suite.
Entre-temps, il fut chargé de donner des cours de
physique à l’Institut Technique de Leghorn, que fréquentait à cette
époque le jeune Marconi, et c’est là qu’il s’intéressa à lui
de façon particulière. Cette
relation professeur-élève est, sans doute, à l’origine de la
fascination qu’exerçaient sur Marconi les expériences de Hertz sur
les ondes électromagnétiques. Après
avoir vu son professeur reprendre les travaux du physicien allemand et réussir
une réplique améliorée de son oscillateur, il était normal, pour le
jeune élève, de l’imiter à son tour, et de concevoir finalement le
projet de construire la première station de TSF au monde.
D’ailleurs, certaines sources d’information
parlent de cet oscillateur en terme de « oscillateur Hertz-Righi »
pour démontrer l’association des deux savants dans cette invention.
Cet emprunt de l’élève à son professeur a eu
pour effet que celui-ci est aujourd’hui passé à l’histoire, alors
qu’autrement, il aurait été méconnu dans les milieux scientifiques
mondiaux actuels, sauf en son propre pays.
Pourtant c’est bien lui qui a donné le signal de départ à
cette course à l’invention, qui s’est fort heureusement terminée.
Même si, en construisant son appareil, il n’avait
aucune intention précise, comme par exemple, celle de réaliser un système
de communication sans fil, il y a largement contribué sans le vouloir.
Qui sait? Sans l’élève,
le professeur aurait peut-être été considéré comme l’un des
co-inventeurs de la TSF.
Augusto Righi est mort dans l’oubli en 1920.
C’est à juste titre qu’il figure parmi les grands noms de
l’histoire de la radio, puisque, grâce à ses recherches, et par ses
exemples, il nous a donné
Guglielmo Marconi.
|
|
Marconi
|
|
Guglielmo Marconi naquit à Mazabotta, près de
Bologne, en Italie, le 25 avril 1874.
Troisième fils d’un riche propriétaire terrien et d’une mère
irlandaise, il passa sa jeunesse à Pontecchio, plus précisément à la
Villa Grifone, propriété de ses parents.
C’est là qu’il reçut son éducation primaire.
Dès l’âge de quatorze ans, il entra à l’institut Cavallero
de Florence, et quelques années plus tard, il s’inscrivait à l’Institut
Technique de Leghorn, où il s’intéressa bientôt à la physique, et
plus particulièrement à l’électricité, en feuilletant les volumes
de la bibliothèque. Un de
ses professeurs en cette matière, Signor Augusto Righi, titulaire
d’une chaire à l’université de Bologne, s’intéressa bientôt à
lui, et devait l’influencer de façon marquante dans ses réalisations
futures.
A l’été de 1894, alors qu’il avait vingt ans,
il passa ses vacances à Biellese dans les Alpes italiennes, en
compagnie de son frère Alfonso. Ce
séjour a eu une grande répercussion pour le monde entier, et a été
le moment crucial de sa vie. En
effet, c’est là qu’il apprit la mort du grand physicien allemand
Hertz et que, par hasard, il mit la main sur un article de ce savant, démontrant
que l’énergie électromagnétique pouvait se propager dans
l’espace, sous forme d’ondes, sans l’aide de fils.
Il se mit alors à réfléchir sur cet exposé et sur
l’œuvre du physicien. Il
pensa aux appareils que celui-ci avait construits pour illustrer ses théories :
son oscillateur (appelé autrefois « l’excitateur »
de Hertz), et son « résonateur », qui lui avait permis de
produire et recevoir un signal à travers la salle de son laboratoire.
Il pensa aussi à un appareil semblable, mais amélioré,
qu’avait construit son professeur Righi, en s’inspirant de Hertz.
Il pensa également au code Morse que lui avait enseigné un ami
aveugle par jeu, quelques années plus tôt; et voilà que tout-à-coup
la lumière s’alluma dans son esprit :
il fit le joint entre tous ces éléments.
En combinant les théories de Hertz sur la
propagation des ondes électromagnétiques avec les appareils du
professeur Righi, il devrait être possible, rêvait-il, d’en tirer
une application pratique, et même d’aller plus loin, en entrevoyant déjà
un moyen de communication sans l’aide de fils.
Hanté par cette idée, il s’empressa de
revenir au domaine familial, et se mit à l’œuvre fébrilement.
Dans son atelier de bricolage, installé au grenier de la maison,
il construisit un appareil émetteur d’ondes électromagnétiques
semblable à celui de ses deux prédécesseurs, mais qui avait pour but,
cette fois, de faire tinter une sonnette au rez-de-chaussée deux étages
plus bas, à l’aide d’un cohéreur et d’un relais.
Il avait travaillé jour et nuit à ce projet, oubliant de dormir
et de manger.
« Si je peux actionner une sonnette à
distance, je peux aussi bien et de la même façon, actionner un relais
qui imprimerait les traits et les points du code Morse sur une bande de
papier », se disait-il. En
réunissant et en combinant ces trois éléments :
les ondes hertziennes, l’oscillateur de Hertz-Righi et le code
télégraphique, il venait de concevoir l’idée de la télégraphie
sans fil.
Avec l’aide de son frère Alfonso, il construisit
deux appareils : un émetteur
à éclateur et un récepteur à cohéreur, avec lesquels il réussit à
émettre et à recevoir un signal sur une distance de 1400 mètres, soit
trois quarts de mille.
La TSF était née.
C’était au printemps de 1895.
Les premiers appareils de Marconi, en 1895
L’émetteur
Description :
C’était, grosso modo, un oscillateur de Hertz, modifié par le
professeur Righi. Cet
appareil émettait des ondes « amorties » (damped waves, DW),
c’est-à-dire dont l’amplitude allait en décroissant, comme les
mouvements d’une balançoire après une seule poussée;
contrairement aux émetteurs actuels qui émettent des ondes
entretenues ou « constantes » (constant waves, CW).
Fonctionnement : Lorsque le manipulateur M est abaissé, le courant des
accumulateurs passe dans le primaire L1 de la bobine, et un champ magnétique
s’établit au niveau de cette bobine.
Des variations de ce champ magnétique produisent une charge très
élevée dans les condensateurs C1 et C2 et, par conséquent, dans les
sphères de l’éclateur E. Quand
cette charge atteint le seuil de l’éclatement, une étincelle se
produit en E, amorçant une oscillation amortie de haute fréquence dans
le circuit C E. Puis le
champ magnétique se produisant toujours au niveau de la bobine « L »,
« C » regagne rapidement la charge perdue par le premier éclatement,
et un deuxième éclatement se produit en « E », puis un
troisième, et ainsi de suite. Donc,
une série d’oscillations amorties est transmise, ou irradiée.
Le nombre d’oscillations produites dépend du temps
pendant lequel le manipulateur est en circuit.
La longueur des tiges (inductantes) reliant les sphères-condensateurs
au sphères-éclateurs, de même que le diamètre de ces sphères, déterminent
la fréquence des oscillations.
Une photo, propriété de la Compagnie Marconi,
illustre bien les appareils du jeune italien, en 1896.
Dans le cas présent, la fréquence devait être très élevée (UHF)
selon le principe énoncé plus haut.
Ce qui explique la courte distance parcourue par son signal au début,
soit 1400 mètres. A partir
du moment où, en Angleterre, il s’est servi d’une antenne
(verticale), sa longueur d’onde est tombée dans l’excès contraire;
car il croyait, à tort,
que plus l’antenne était longue, plus la portée était grande.
Le récepteur
Description :
C’est une version du cohéreur de Branly, perfectionné par Sir
Oliver Lodge. Un petit tube
de verre de quatre centimètres de longueur contient deux bouchons métalliques
en argent, séparés par un espace très réduit de ½
millimètre. Dans ce
petit espace, i y a de la limaille très fine composée de 95% de nickel
et 5% d’argent avec une trace de mercure.
Dans ce tube scellé, on a fait le vide à 4mm de pression.
Fonctionnement : Voyons maintenant ce qui se passe, en détail :
A l’état de repos, la limaille du cohéreur n’est pas
conductrice, la résistance y est très élevée et le courant
insignifiant, parce que les particules de limaille sont en désordre.
Mais quand elles sont rencontrées par les ondes hertziennes
(HF), elles « cohèrent », c’est-à-dire qu’elles
viennent en cohésion, elles deviennent polarisées et conductrices, la
résistance tombe à cinq ohms et le courant de la batterie peut alors
passer dans son circuit, actionner le solenoïde S et par conséquent le
stylet-graveur M qui inscrit les points et traits sur la bande de papier
P selon la longueur de l’impulsion HF.
Dès que l’impulsion cesse, le relais R entre en
fonction automatiquement et commande un petit levier qui vient frapper légèrement
le tube du cohéreur. Ce léger
choc suffit à supprimer la cohésion de la limaille et par conséquent
la conductibilité. Le cohéreur
est alors « décohéré », et le courant ne passe plus. Un nouveau contact avec les ondes HF de l’impulsion
suivante rend la limaille conductrice à nouveau, le solenoïde se
referme et le stylet inscrit encore une fois.
Après cette impulsion de HF , un nouveau choc du relais sur le
tube décohère la limaille une fois de plus, la rend résistante et
recoupe le courant. Ainsi de suite chaque fois que le manipulateur de la station
émettrice est fermé ou ouvert, le rôle des bobines L1 et L2 est
d’empêcher la HF de se dissiper dans le circuit DC des batteries. Le rouleau de papier est entraîné par un mouvement
d’horlogerie.
Notons, en passant, que l’invention
du stylet-graveur est due
à l’anglais David Hughes qui, en 1855, en conçut l’idée pour
compléter le télégraphe de Samuel Morse.
Ce récepteur de Marconi était un appareil, en
somme, assez rudimentaire, mais qui fonctionnait.
Le jeune Italien sentait qu’il avait trouvé quelque chose de
sensationnel, et entrevoyait les immenses possibilités de son projet;
il était donc normal qu’il cherche à en faire profiter ses
concitoyens d’abord. C’est
ainsi qu’il alla présenter son projet au ministère des Postes de son
pays. Une première déception
l’attendait : on
l’ignora, lui et ses « bricoles ».
Ce refus et ce dédain s’expliquent assez facilement par le
fait qu’à cette époque, la télégraphie conventionnelle reliait
efficacement les principaux pays d’Europe par fils, ainsi que l’Amérique
par le câble sous-marin, alors que lui n’avait réussi à couvrir que
la distance plutôt réduite d’un kilomètre et demi.
Loin de se décourager, il continua à travailler sur
ses appareils et chercha à les mettre au point, pendant le reste de
cette année 1895. mais dès
février 1896, sa mère, pleine d’admiration pour les talents de son
fils, lui conseilla fortement d’aller les faire fructifier ailleurs. Elle lui suggéra, naturellement, l’Angleterre, où elle
comptait de nombreux amis de sa famille (elle était Irlandaise). Pour l’encourager, elle offrit de l’accompagner.
Et voilà donc pourquoi nous retrouvons le jeune Marconi en
Angleterre.
|
|