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fréquentations d'autrefois ne ressemblent en rien
à celles d'aujourd'hui. De quelles façons nos aînés les ont-elles
vécues? Mesdames Émile Dumais (Marie-Rose Lemieux), Édouard Boutin (Marie-Anna
Langevin), François-Xavier Lambert (Marie-Eulalie Vallière), Eugène Déry
(Marie Pelletier), Gustave Lemieux (Marie-Alma Deschênes), messieurs
Léon Lafrance et Joseph-E. Moreau ont bien voulu, en février 1978, nous
raconter comment cela se passait dans leur jeune temps. Ces témoignages
ont été complétés par ceux de mesdames René Massé (Léona Boucher) et
Adolphe Rivard (Gabrielle jean).
Les fréquentations étaient permises à partir de l'âge de seize ans mais
pas n'importe où. En effet, elles se faisaient à la maison de la jeune
fille sous la surveillance d'un chaperon, bien souvent la mère, qui
s'assoyait dans la porte du salon tout en tricotant.
Mais avant de passer la porte, il y avait quelques conditions minimales
à remplir. Un bon parti devait faire l'affaire des parents qui
veillaient à ce que leur fille fasse un bon mariage. Pour ce, un
prétendant ayant marché au catéchisme avec la future sera généralement
mieux considéré qu'un étranger.
De plus, le métier et les couleurs politiques du
visiteur doivent s'agencer avec la nouvelle famille afin d'éviter de
trop grands changements. "Qui marie à sa porte, marie de sa sorte". (1)
Cependant, même si on voyait d'un bon oeil le prétendant, il ne pouvait
venir selon ses humeurs. Il y avait les bons soirs car comment aurait-on
pu se permettre de surveiller les amoureux toute la semaine avec la
besogne qu'il y avait à faire dans la maison et sur la terre. Le jeune
homme avait donc la permission "d'accrocher son fanal" le dimanche, le
mardi, le jeudi et le samedi, le dicton populaire voulant que les autres
jours amènent de la jalousie.
Le prétendant se devait d'arriver peu après le souper et de quitter peu
après 21 heures. Pour ceux qui ne voyaient pas le temps passer, le père
le leur rappelait en remontant l'horloge. C'était généralement
suffisant. Quelquefois, on s'en permettait un peu plus comme chez cette
famille chaperonnée par une grand-mère quelque peu permissive. La
maisonnée abritant quelques filles, il y avait plusieurs garçons pour
accrocher leur fanal. La grand-mère s'était-elle endormie?
Toujours est-il que l'heure était largement dépassée
et personne n'avait quitté jusqu'à ce qu'on entende le bruit pesant des
pas du père qui se levait à l'étage supérieur. L'autorité paternelle
était à ce point incontestable qu'on se rua à la porte et un autre prit
la sortie côté fenêtre. Il y a fort à parier qu'il a fallu l'accord
paternel pour marier ces filles...
Mais il arrivait aussi que c'était la demoiselle
elle-même qui ne désirait fréquentations. On disait alors que le
soupirant avait eu son biscuit. L'une d'elle dut même mettre les points
sur les 'i' à un de ceux qui ne voulaient rien comprendre en lui disant
carrément: "Monsieur, me comprenez-vous, m'entendez-vous? J'veux pas de
vous, restez chez-vous!"
Quand deux garçons travaillaient au même chantier
c'est-à-dire courtisaient la même fille, cette dernière déposait de
l'avoine dans les poches du manteau ou sur le siège de la voiture de
celui qu'elle rejetait. On disait de lui qu'il avait mangé de l'avoine.
Ce fut notamment le cas d'un jeune cultivateur qui faisait compétition à
un veuf. Croyant trouver l'argument décisif, il s'acheta un chapeau dur
comme celui de son adversaire. Mais comme il le reconnut plus tard,
"mon chapeau était pas assez dur".
De nombreux tours étaient joués entre rivaux
mais et entre frères et soeurs. On attachait les barrières et les portes
des endroits où les garçons allaient voir les filles. On faisait manger
de l'avoine à un rival ou à l'amoureux de sa soeur. On découpait une
petite pelle en papier que l'on plaçait sur le chapeau du cavalier, ce
qui avait pour résultat de faire croire à ce dernier qu'il était
éconduit. Â Saint-Pascal, rien n'était plus insultant pour un amoureux
que de trouver en sortant de chez sa compagne un petit lit sur la
galerie.
Les fréquentations étaient plus ou moins longues mais
après deux ans, il était temps de penser au mariage. Il n'y avait pas de
fiançailles ni d'enterrement de vie de garçon. Parfois, il y avait une
veillée promenait le garçon en chantant: "C'est notre dernier samedi
qu'on le voit garçon, samedi prochain il sera embêté des pieds à la
tête". La semaine suivante, le mariage avait lieu de bonne heure, aussi
tôt que 6h30 lorsqu'il y avait plus d'une cérémonie au programme ce
matin-là. Il fallait aller se confesser juste avant et recevoir en même
temps les recommandations du curé. Ce n'est qu'une fois à la maison que
les époux pouvaient enfin s'embrasser. C'était alors l'occasion rêvée
pour certains plaisantins d'essayer de voler le premier baiser.
Le repas était donné ordinairement par le père de la
mariée et la noce se déplaçait ensuite chez les parents du marié où
avaient lieu le souper et la veillée. Certains faisaient un voyage de
noces mais pour la plupart, il consistait à faire le tour de la parenté
invitée à la noce. Finalement nos tourtereaux se retrouvaient seuls et
sans chaperon, du moins l'espace de quelques mois.
Léona Boucher-Massé, Gabrielle jean- Rivard,
Pierrette Maurais, Michel Dumais |
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