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François‑Xavier‑Ludger Mais,
1867‑1871
Après l'éphémère nomination de
Messire François Morin à la cure de Mont‑Carmel (du 7 au 17 octobre
1867), François‑Xavier Ludger Blais devenait curé
~de la paroisse. Il était né à Saint‑Pierre, comté de Montmagny, le 16
novembre 1832; après ses études classiques au Collège de
Sainte‑Anne‑de‑la‑Pocatière et ses études théologiques à Sainte‑Anne et
à Québec, F.‑X.‑Ludger Blais avait été ordonné à Québec, le 10 mai 1857.
Successivement vicaire à Sainte Croix, puis
professeur et assistant‑préfet des études à son
Alma Mater,
il occupa le poste de premier directeur de l'Ecole
d'Agriculture de Sainte‑Anne; de nouveau directeur des élèves, mais
cette fois au Collège, entre 1861 et 1863, vicaire à Sainte‑Famille pour
un peu plus d'un an, curé de la Rivière‑au‑Renard, en Gaspésie, l'abbé
Blais avait finalement pris la route pour Mont‑Carmel en 1867, avec une
jeune carrière assez bien remplie jusque là.
Ce travailleur acharné à l'esprit
méthodique était d'une hospitalité proverbiale; malgré un tempérament
nerveux, il était toujours plein de tact et de délicatesse.' Son
administration fut une période de progrès dans l'organisation de la
paroisse.
Après l'érection civile de la
paroisse en 1869, le curé Blais créa le premier corps de marguilliers
pour remplacer les Syndics élus en 1862; le 2 mai 1869, une assemblée
des francs‑tenanciers choisissait « pour former avec Monsieur le Curé,
le corps des marguilliers de la dite paroisse, les Sieurs Rémi Dionne,
joseph Drapeau, Thomas Rivard, Germain Soucy, joseph Bélanger, Nazaire
Dionne, Etienne Lévesque et Georges Migneault » ; huit jours plus tard,
Monseigneur Baillargeon émettait une ordonnance confirmant cette
élection et nommant Rémi Dionne, joseph Drapeau et Thomas Rivard,
respectivement premier, deuxième et troisième marguilliers.2
Décrire un siècle de vie religieuse,
c'est essayer de donner à cet aspect de la vie paroissiale le rôle vital
qu'il a joué dans les esprits et dans les coeurs des habitants de
Mont‑Carmel, et de brosser aussi fidèlement que possible l'évolution
survenue au cours des années. Mais ceci demeure un idéal car il est
extrêmement difficile, voire impossible, de saisir cette partie de la
réalité qui demeure le fait de convictions personnelles. Aussi
devrons‑nous nous borner à décrire, de la vie religieuse, ce que nous
pouvons en déceler, c'est‑à‑dire l'impulsion donnée par le pasteur, la
personnalité de ce dernier et les progrès matériels de la Fabrique. Le
plan adopté sera donc très simple: suivre l'évolution en la centrant sur
la personnalité du curé.
Le curé Blais savait défendre les
intérêts de sa jeune paroisse, comme il le montra lors de la signature,
par ses paroissiens, d'une requête en opposition au projet de
construction d'une église à la
Côte
(août 1869). Ses fidèles alléguaient que les gens de la
Côtc
avaient au maximum un mille et demi à parcourir pour
fréquenter l'église de Saint‑Denis ou celle de Mont‑Carme' et que les
habitants du petit
quatrième rang, que Monseigneur tenait tant à
annexer à Mont‑Carme' et dont l'opposition avait retardé de quatre à
cinq ans l'érection de la paroisse, étaient pour se joindre à la
Côte
tout comme
les
dix habitants du
Rocher Blanc; chargé de transmettre cette
requête, Messire Blais explique à Monseigneur l'attitude de ses
paroissiens, qui voient bien que « leur paroisse, déjà si pauvre, en
souffrira nécessairement un amoindrissement considérable » ; dans sa
lettre, il excuse aussi l'adhésion de ses quatre paroissiens du
petit quatrième rang
et des habitants du
Rocher blanc,
qui seront à proximité de la nouvelle église; mais il ne
manque pas de prévenir Son Excellence que, « si Elle autorise la
construction d'une Eglise à la Côte, Elle détruit d'un trait de plume le
résultat obtenu par neuf ans de démarches et de tracasseries de la part
des Curés de Mont‑Carme' pour augmenter un tant soit peu sa valeur » .3
La démarche n'atteignit pas l'effet désiré
puisque les gens de la
Côte
se virent accorder la permission de construire leur
église.
'Portrait tracé par Monseigneur
Wilfrid Lebon dans
Annuaire
du Collège de Sainte‑Anne‑de‑la‑Pocatière, 1925‑1926, 89‑97.'APMC,
min. I, no 1. Copie conforme de l'ordonnance de Monseigneur Baillargeon,
faite le 20 mai
1869
par Messire Blais.a
AESAP, MC, I: 110.
9
août
1869.
En 1871, le curé Blais quitta
Mont‑Carme' pour Saint‑Patrice où il devait ‑demeurer jusqu'à sa mort.
Il manifesta, à cet endroit, une activité peu commune: achèvement et
reconstruction de l'église, fondation d'un collège de Frères, de
l'hôpital, et formation des deux paroisses qui portent ses prénoms.
Retiré depuis 1907 à l'hôpital qu'il avait fait naître, il y décédait le
2 décembre 1925, au milieu des siens qu'il n'avait jamais cessé de
fréquenter, au cours de ses promenades de ''après‑midi entre autres.4
Edouard Demers, 1871‑1884
Le successeur de l'abbé Blais fut le
premier curé de Mont‑Carme' à occuper son poste pendant plus de cinq
ans. Né à Saint‑Pierre‑les Becquets le 12
décembre 1831, ordonné prêtre à vingt‑huit ans, il avait été vicaire à
peine trois ans avant d'obtenir la cure de l'Ile-aux‑Grues
en 1862.
La personnalité de ce prêtre fait
contraste avec celle de son prédécesseur: autant le premier fut
méthodique et soigné dans la consignation des actes officiels et dans
ses lettres, autant le curé Demers laissa une documentation en désordre,
pleine de ratures, de renvois, et partant difficile à comprendre. On
pressent chez lui l'impulsif, l'homme d'action peu doué pour le travail
de bureau, mais qui n'en avait pas moins un sens de l'organisation des
plus remarquables et de réelles qualités d'administrateur, comme en
témoignent les progrès matériels de la Fabrique réalisés sous sa
direction.
Dès son arrivée à Mont‑Carme',
Messire Edouard Demers entreprit de faire réparer l'église, la sacristie
et le presbytère; il s'agissait, en réalité, de compléter ces
constructions que les paroissiens, faute d'argent, avaient laissées
inachevées et qui s'étaient détériorées rapidement par la suite. Ce
n'était pas sans raisons. L'église avait besoin d'un voûte, de «
boisures » intérieures, de châssis neufs et d'un agrandissement par la
finition du jubé et des galeries; l'extérieur était aussi à rénover. La
sacristie, érigée vers 1864 (en même temps que le clocher de l'église),
n'avait pas été finie à l'extérieur et nécessitait quelques
améliorations intérieures. Quant au presbytère, il demandait « des
réparations assez considérables en dehors et en dedans pour
en faire
une maison simplement convenable » .5 Dans de telles conditions
matérielles, on comprend mieux pourquoi les premiers prêtres
résidents de Mont‑Carmel avaient tous demandé à être
remplacés après quelques mois d'apostolat sur place
Les réparations à effectuer auraient pu décourager un
curé moins ferme que l'abbé Deniers, mais elles étaient une nécessité: «
J'ai chanté la grand'messe aujourd'hui dans la sacristie, écrit‑il en
janvier 1872, n'ayant pas de bois pour chauffer l'Eglise. Le presbytère,
Mgr, est inhabitable dans les grands froids » .E Convaincu de la
nécessité et de l'urgence des travaux, Monseigneur E.‑A. Taschereau
décréta leur exécution sous la direction du curé et de trois syndics
élus à cette fin par les francs‑tenanciers de la paroisse. Les
réalisations furent lentes; en 1875, seul le presbytère avait été
réparé, à la grande satisfaction du curé.? Six ans plus tard, toutes les
réparations étaient terminées; la dépense totale atteignait les deux
mille dollars. Grâce aux surplus de la Fabrique et à la générosité du
curé, qui avait donné de ses propres deniers, le tout avait été réalisé
sans endetter la Fabrique.8
Toujours sur le plan de l'organisation matérielle, le
curé Deniers a fait faire des améliorations au cimetière; en septembre
1874,
les paroissiens sont amenés à charroyer « au
moins trois pieds de terre pour une fosse de quatre pieds de profondeur
» . Chaque paroissien a fourni sa part de travail. Quelques années plus
tard, Messire Deniers demanda à l'Administrateur du diocèse s'il serait
bon de creuser un « sillon » pour y déposer les corps durant la saison
froide, vu qu'il était impossible d'enterrer les morts en hiver;
celui‑ci lui répondit de bâtir un charnier;9 la dite construction ne fut
probablement pas réalisée. Le curé Demers a aussi réglé l'épineux
problème du chauffage de l'église, en divisant la paroisse en quatre
zones dont les habitants devaient fournir à tour de rôle le bois
nécessaire.1°
'Allaire, Dictionnaire biographique du clergé canadien, VI: IIls.
'AESAP, MC , I: 106.
Procès‑verbal de l'assemblée tenue par M. Pierre Patry chargé d'enquêter
sur la requête demandant ces réparations, 22 déc. 1871.
eAESAP, MC, 1: 107. M. Deniers
à Mgr E. A. Taschereau, 7 janvier 1872.
'AESAP, MC, 1: 116. M. Charles
Trudelle, curé de Saint‑François, à Mgr Taschereau, 15 oct. 175. L'abbé
Trudelle avait été chargé de rencontrer e curé et les syndics au sujet
des réparations à l'église et à la sacristie.
$AESAP, MC, 1: 119, 123, 128.
Rapports du curé pour 1876, 1878 et 1881.
sAPMC, min. 1: entre les nos 27
et 28. Mgr E.A. Taschereau à M. Deniers, 22 août 1882.
'°AESAP, MC, 1: 115. M. Demers
à Mgr Taschereau, 19 avril 18 7 5. Le 22, l'ordonnance était onnée.
Ce fut
également sous son administration que six habitants du quatrième rang de
la Bouteillerie (rang
de la
montagne) furent rattachés, pour fins
religieuses, à la paroisse de Mont‑Carmel." Bref, le bilan de
l'évolution matérielle et des progrès dans ce domaine est largement
positif pour les treize ans de cure de l'abbé Deniers.
Des difficultés avec quelques‑uns de ses paroissiens
assombrirent les dernières années du curé Deniers à Mont‑Carmel; en
1883,
une requête signée par quelques individus
réclamait l'abolition du supplément de « bois et de patates » créé lors
de l'installation du premier résident, sous prétexte que les dîmes
ordinaires fournissaient suffisamment de revenus pour faire vivre un
curé. Messire Deniers ne tarda pas à réagir: dans une lettre du ler
mars, il expliqua à l'Archevêque qu'un revenu annuel de
$309.
était loin d'être exagéré; il avait certes
raison ! Trois jours plus tard, une assemblée de paroisse adopta une
résolution dans .laquelle les paroissiens déploraient la conduite des
deux proposeurs de la requête, laissaient à Monseigneur le soin de
décider quand il abolirait le supplément et reconnaissaient publiquement
les bienfaits de leur curé.lz
Depuis quelque temps déjà, le curé Deniers avait demandé à changer
d'endroit, demande qu'il réitéra dans sa lettre du ler mars
1883;
l'immensité de :Ivlont‑Carmel ne convenait plus à un prêtre de cinquante
et un ans. L'excellente réputation de ses vertus et de son dévouement
alliée à son sens de l'organisation amena ses supérieurs à ne le
déplacer que de deux milles et il prit la cure de Saint‑Philippede‑Néri
où il est décédé le
9
juin
1892
Joseph‑Magloire
Moreau, 1884‑1896
L'abbé Joseph‑Magloire Moreau recueillait une paroisse
que son prédécesseur avait réorganisée et dans laquelle tout semblait se
dérouler normalement. Natif de Saint‑Jean‑Port‑Joli, ancien élève du
Collège de Sainte‑Anne‑de‑la‑Pocatière, il avait obtenu sa première cure
en 1868, à Saint‑Modeste, une année à peine après son ordination. Sa
deuxième fut celle de Mont‑Carmel, où il demeura douze ans. Ces faits
dénotent à la fois la confiance que manifestait l'Archevèque de Québec à
l'endroit de ce jeune prêtre ‑ il avait vingt‑sept ans lors.
"APMC,
feuilles éparses. Décret du 30 août 1879. `‑AESAP, MC, 1: 130; APMC,
min. 1, no 29. 4 mars 1883
de sa nomination à Saint‑Modeste ‑ et la relative
facilité avec laquelle il savait se faire accepter de ses ouailles.
Si l'administration matérielle du curé Demers avait été
chargée, celle du curé Moreau le fut beaucoup moins: adhésion à la
Société
d'Assurance Mutuelle entre les Fabriques (1886),
construction d'un chemin couvert reliant la sacristie à
la chapelle (vers
1888),
achat par souscriptions d'une « voiture des morts > pour
transporter les corps jusqu'à l'église
(1890),
réparations à la clâture du cimetière
(1893),
tels sont les faits les plus importants consignés aux
archives de la cure de Mont‑Carmal.13 De plus, c'est sous son
administration qu'un décret du Cardinal Taschereau obligea les
Fabriciens de Mont‑Carmel et ceux de Saint‑Philippe à faire tirer la
ligne entre les deux paroisses conformément aux cadastres qu'on venait
de terminer.14
Sa dernière année de cure à Mont‑Carmel fut très
pénible, car le brave curé s'était tué à la tâche afin de desservir
convenablement sa vaste paroisse. En février
1896,
il était très malade et devait recevoir l'aide d'un
prêtre du Collège pour les offices du dimanche; comme il l'écrivait
lui‑même au Grand Vicaire, Monseigneur C.‑A. Marois, le 21 février, il
souhaitait changer de cure parce que, même si la population n'atteignait
pas un nombre excessif, le soin des fidèles de Mont‑Carmel commandait
beaucoup de travail par suite des distances et des mauvais chemins." Son
état de santé ne s'améliorant pas de façon sensible, le curé Moreau
reçut d'abord l'aide d'un vicaire, Messire T. Dumas (nommé le 21 août
1896), puis
l'abbé joseph‑Georges Goudreau le remplaça,
le 25 août 1896.
Un repos de deux ans lui permit de reprendre
le ministère paroissial à Fortierville.
Joseph‑Georges Goudreau,
1896‑1898
Originaire des Grondines, d'une famille de meunier,
Joseph‑Georges Goudreau avait été ordonné par le Cardinal Taschereau, le
30
mai
1885;
vicaire successivement à Saint‑David,de‑l'Auberiviére,
Sillery et Saint‑Victor‑de‑Tring, il fut nommé, en
1889,
au Collège de SainteAnne‑de‑la‑Pocatière où il enseigna
l'anglais et occupa le poste de préfet des études commerciales avant de
se voir confier la cure de Mont‑Carmel en
1896.16
Son passage y a été de courte durée, mais le curé
Goudreau ne manqua pas de susciter chez ses paroissiens une sincère
estime à son égard. La brièveté de son séjour lui permit peu de
réalisation matérielle: .seule une allonge fut faite au jubé pour
installer seize bancs de
plus.17
Par contre l'esprit de conciliation et le
dévouement du curé Coudreau en imposèrent à ses paroissiens et son
départ précipité à la fin de
1898
les amena à rédiger une requête signée par cent
quatre‑vingt‑dix‑neuf personnes et appuyée par une résolution du Conseil
Municipal « pour obtenir la faveur de conserver à la tête de notre
paroisse notre digne estimé et populaire Curé » ,18 lui qui avait su
effacer le malaise parmi eux pour « faire place à la paix et à l'union »
.19 Il fut répondu: « Impossible = à cette demande.
L'abbé joseph‑Georges Goudreau alla terminer son oeuvre
à SaintAlphonse‑de‑Thetford où il exerça le ministère pendant vingt ans;
curé démissionnaire depuis quelques semaines, il s'éteignit le
19
avril
1917.
Jugement porté par les curés et
missionnaires sur les paroissiens de Mont‑Carmel
Arrêtons‑nous un instant pour faire le point et nous
interroger sur ce que nous pouvons connaître de la pratique religieuse
des habitants de Mont‑Carmel durant ce premier demi‑siècle, en prenant
comme référence cette source incomparable de renseignements que
constituent les rapports annuels du curé.2o
Les gens fréquentaient régulièrement l'église le dimanche; ils se
rendaient à la messe et assistaient aux catéchismes qui se faisaient
chaque dimanche, sauf en hiver. Rares étaient ceux qui manquaient au
précepte de la confession annuelle et .les gens communiaient en moyenne
trois fois par année; seuls deux ou trois paroissiens ne faisaient pas
leurs Pâques. Les paroissiens avaient à coeur l'entretien de leur
pasteur et payaient scrupuleusement leur dîme et le supplément vers
1860,
mais le curé Demers notait, à partir de
1875,
qu'une trentaine environ omettaient de s'acquitter de cette obligation
par pauvreté ou par négligence
`3APMC,
f. éparses. Certificat d'assurance; APMC, min. I: nos 50, 53, 56s., 65.
`APMC,
min. I no 54.
'6AESAP,
MC, Î: 142.
"Anonyme. Notice biographique dans
Ann. du Collège de
Sainte‑Anne‑de‑laPocatière,
1916‑1917, 89s.
i7APMC
min. I no 77. Assemblée de Fabrique, 20 mars 1898.
`AESAP,
MC, Î: 148. Requête du 7 décembre 898.
'sAMMC,
II: 53. Résolution adoptée le 5 décembre 1898.
"Nous
avons retrouvé treize rapports annuels pour une période allant de 1859 à
1883. AESAP, MC, 1: 31, 48, 102, 114, 118‑120, 123‑125, 128s., 132
Quelques carences sont aussi consignées dans ces
rapports annuels. De façon générale, les curés ne remarquent aucun
désordre notable dans la paroisse; si la majorité des habitants se
disent de la
Société de Tempérance, très peu par contre
pratiquent l'abstinence totale. « Ici comme ailleurs, lit‑on dans le
rapport pour 1882 ‑1883, le grand nombre qui voyagent, occasionnent
quelques misères dans la paroisse > . Les élections, surtout
municipales, se déroulent généralement de façon édifiante, mais le curé
constate, en 1881, que les paroissiens manquent de charité entre eux. En
somme, le tableau fort incomplet que nous venons de tracer démontre que
les paroissiens de MontCarmel donnaient à leur curé ou missionnaire,
pour emprunter les expressions de l'abbé Hoffman, beaucoup de «
consolations spirituelles » malgré le peu de « consolations matérielles
» (allusion aux maigres revenus du curé).
Guillaume‑Benjamin Dionne,
1898‑1905
Le curé Dionne n'a pas connu des jours heureux à
Notre‑Dame‑duMont‑Carmel; malgré un jugement assez sûr, son franc‑parler
dans des circonstances à la vérité assez spéciales lui a suscité des
adversaires acharnés qui obtiendront d'ailleurs son renvoi. Né à
Saint‑Denis le 24 juin 1849, Guillaume‑Benjamin Dionne avait été ordonné
prêtre à l'âge de trente ans; vicaire à Saint‑Raymond, Sainte‑Marie,
Saint-Sébastien‑de‑Beauce, Cap Santé et Saint‑Charles‑de‑Béllechasse, il
avait finalement accédé à une cure, celle d'Armagh, qu'il avait
conservée pendant une décennie (1888‑1898).
A peine un an et demi après son arrivée à Mont‑Carmel,
l'abbé Dionne se vit offrir la cure des Saints‑Anges (Beauce) qu'il
refusa pour ne pas encourir les dépenses d'un nouveau déménagement (son
départ d'Armagh et son installation à Mont‑Carmel lui avaient coûté
$300.). Mais le curé Dionne avait d'autres motifs pour refuser le poste;
en effet, il avait soulevé contre lui quelques‑uns des paroissiens
d'Armagh, « ses ennemis » comme il les appelait, et il ne voulait pas,
pour cette raison, retourner dans la même région. Ses difficultés du
moment l'amenaient parfois jusqu'au découragement: « La vie est courte,
écritil le 9 février 1901 à son ami, Alphonse‑Andronique Beaudet, curé
de Saint‑Pascal; si la fin peut arriver une bonne fois ‑ Quel bon
débarras
[ . . .
] » .21 Malgré la meilleure volonté du monde, il
ne parvenait pas à dominer un tempérament
colérique qui devait lui attirer encore beaucoup d'ennuis.
Peut‑être pour l'éloigner de Mont‑Carmel., au moment où
l'on commençait à parler de la construction de l'église, de la sacristie
et du presbytère, Monseigneur L.‑N. Bégin lui offrit la cure de
SaintDamien au début de 1905; encore une fois, le curé Dionne refusa: «
Saint‑Damien est trop proche de St‑Cajetan, mes ennemis d'Armagh vivent
encore et ne cesseront de me calomnier [ . . . ] Ils m'ont poursuivi
jusqu'à N.‑D. du Mont‑Carmel [ . . . A Saint‑Damien, ils vont continuer
] à faire circuler les calomnies les plus atroces sur mon compte pour la
plus grande gloire de Dieu > . L'abbé Dionne n'ignorait pas « les
misères du regretté Mre Guimond, comme curé de St‑Damien > et refusait,
malgré « sa gêne extrême > à Mont‑Carmel; il savait par ailleurs qu'un
certain M. Brousseau serait très mortifié de le voir curé à
Saint‑Damien: « Dans tous les cas, ce bon 'Mr Brousseau, s'il me faisait
ce qu'il a fait au curé défunt, je me ferais justice moimême » .22 Nous
avons dans ces quelques lignes le personnage, tout d'une pièce, prêt à
l'action brusque et sans détour; ce n'était certes pas le diplomate
qu'il aurait fallu dans la crise de la reconstruction de l'église qui
s'annonçait déjà !
La crise de
1905‑1906
Raoul Blanchard a écrit, dans son abrégé de géographie
de la province de Québec, que la plupart des paroisses canadiennes ont
connu des difficultés, au moment de leur fondation, à propos du site de
l'église; chaque rang un tantinet peuplé voulait l'avoir dans ses
limites, même si, dans bien des cas, l'emplacement choisi était loin du
centre de la paroisse. Mais les cas de querelles au sujet du site d'une
église à reconstruire sont beaucoup plus rares, car on s'habitue à un
endroit, on y retrouve les autres bâtisses de la fabrique, le cimetière,
de sorte que le problème de la localisation de la nouvelle église ne se
pose généralement pas.
Mont‑Carmel a connu le problème; au début de ce siècle,
il s'est posé avec tout son bagage de rancunes et d'animosités que seul
le temps a pu effacer. Les gens âgés s'en souviennent et les jeunes en
ont entendu parler. Pour notre part, nous avons essayé, dans les pages
qui suivent, de le présenter tel qu'il nous est apparu à travers les
documents d'archives que nous avons consultés. Nous espérons que notre
exposé réflétera avec le plus de réalisme possible les événements de
cette crise majeure dans l'histoire de Mont‑Carmel.
Le tout commence par une assemblée des marguilliers et
francs tenanciers, en date du 5 mars 1905, au
cours de laquelle on décide de construire un nouveau presbytère,
moyennant une somme de deux mille dollars prise sur les « argents de la
Fabrique » ; la résolution reçoit l'approbation de l'Archevêque de
Québec, Monseigneur Louis Nazaire Bégin, le 9
mars suivant.
23
Cet acte, en apparence assez anodin, recelait une
querelle en germe depuis quelques années déjà. A peine deux jours plus
tard, Thomas Michaud, Louis Beaulieu fils B., joseph St‑Onge et Pitre
Beaulieu, à l'instigation de Louis P. Lévesque, faisaient signer une
requête, à laquelle adhéraient quatre‑vingt‑six personnes, pour dénoncer
les procédures suivies par le curé au sujet de la construction
projetée:z4 le curé avait d'abord réuni les paroissiens à la sacristie,
le 26 février, après annonce faite au prône, et leur avait demandé une
réponse immédiate au sujet de la dite construction; aucune décision
n'avait cependant été prise à cette réunion. Le dimanche suivant, le
curé les avait de nouveau rassemblés et avait obtenu, par un vote sans
discussion, la somme de $2 000. pour la construction du presbytère. Les
protestataires ne refusaient pas de réparer ni de construire, mais après
avis d'experts et au coût le moins élevé, vu la pauvreté des gens. Les
quatre protestataires principaux avaient par la suite annexé au texte de
la requête une lettre pour se plaindre d'une violente sortie faite en
chaire par le curé, le dimanche 12 mars, au cours de laquelle il avait
même proféré des menaces de poursuites devant les tribunaux civils.
Un tel brouhaha provoqua une action rapide de
Monseigneur Bégin; dès le 26 du même mois et après les délais légaux, le
Révérend Alphonse‑Andronique Beaudet, curé de Saint‑Pascal et
commissaire désigné par l'Archevêque, allait se rendre compte de l'état
du presbytère qu'il déclara inhabitable et irréparable; en conséquence,
il se prononça pour la reconstruction immédiate. Au cours de l'après
midi, il rencontra les marguilliers du banc dont un seul
était réticent. Pour vérifier les plaintes de la requête, il interrogea
quelques paroissiens; tous s'accordaient à dire que le but de
l'assemblée du 5 mars était connu depuis le dimanche précédent et qu'une
centaine de paroissiens avaient voté pour la proposition du curé et une
quinzaine contre, dans le vote tenu, il est vrai, sans discussion. Quant
à la violence de langage en chaire, le commissaire rapporta qu'on
s'accordait à dire à peu près ceci: « On s'attendait à une grosse colère
de la part de Mr le Curé; mais il nous a étonnés par la modération de
son langage, disant ce qu'il fallait dire, mais sans blesser personne,
sans faire de mauvais souhaits à qui que ce soit > . Il avait menacé «
des tribunaux civils ceux qui, auprès de Votre Grandeur, fausseraient la
vérité dans la narration de tout ce qui s'était passé au sujet de
l'assemblée susdite » . Les gens interrogés auraient préféré qu'on
attendît la visite de Sa Grandeur, mais Messire Beaudet leur avait
répondu que, vu l'état du presbytère, :Monseigneur ne risquerait pas de
laisser un prêtre passer un autre hiver dans un tel local.25 La lettre
adressée le 27 mars par Monseigneur Bégin aux marguilliers de Mont‑Carrnel
ne laissait subsister aucune équivoque: le rapport du curé Beaudet ayant
confirmé les explications du pasteur de Mont‑Carmel, il ordonnait de se
mettre au travail tout de suite.zs
Malgré cet ordre, malgré une nouvelle requête pour la
construction ‑du presbytère (6 avril‑111 signatures), malgré une demande
de deux marguilliers (21 avril),z7 la construction ne débuta pas
immédiatement. L'opposition au curé et 4a visite attendue de Monseigneur
Bégin étaient sans doute pour quelque chose dans ce retard, mais
indépendamment de ces facteurs, le problème avait maintenant pris sa
portée véritable. En réalité, c'était la localisation de l'église et de
ses dépendances qui préoccupait les gens et les divisait à ce point.
Puisque tout était à reconstruire ‑ comme en témoigne une requête
présentée le 16 juillet 1905 pour la reconstruction de l'église, de la
sacristie et du presbytère,23 ‑ les habitants du haut de la paroisse
désiraient qu'on reconstruise plus près du centre géographique, c'està‑dire
au petit bras. La demande était logique, mais elle rencontrait
l'opposition des habitants du faubourg et des autres rangs qu'elle
aurait pour effet d'éloigner de l'église. Dans cette optique, on
s'explique mieux l'opposition à la reconstruction immédiate du
presbytère, qui, si elle avait eu ‑lieu, aurait enlevé aux promoteurs du
site du petit bras toute opportunité de faire triompher leur point de
vue.
`AESAP,
MC, 1: 176
'‑'Loc
cit
AESAP,
MC, 1: 177
'APMC,
f. éparses. 27 mars 1905
AESAP,
MC, 1: 177, 180.
La deuxième phase du conflit débuta elle aussi à une
assemblée de paroisse tenue pour l'exécution des ordonnances laissées
par Monseigneur Bégin au cours de sa visite de l'été 1905. Voici le
récit de cette assemblée, tel que rapporté dans une requête de
protestation au sujet de la dite assemblée tenue le 21 juillet 1905.29
Après avoir lu le texte des ordonnances, le curé Dionne y avait fait
suite en demandant la signature d'une requête pour la construction d'une
église en pierre ou en bois; on lui avait demandé de rayer le mot
pierre puisque tous les paroissiens voulaient une église en bois,
mais le curé avait refusé sous prétexte que, si on retranchait ce mot,
l'assemblée serait nulle parce que le texte de la requête n'aurait pas
été conforme à celui de l'ordonnance; il avait ajouté que ce choix des
matériaux se ferait à une autre assemblée. Il s'était fâché « tout rouge
» , rapporte le texte de la requête de protestation, et, par la suite,
il arrêtait les gens au passage, les pressait, les contraignait et les
menaçait même, en leur répétant que ceci n'engageait en rien quant aux
matériaux. La requête concluait que l'on avait épuisé tous les moyens de
s'entendre avec le curé et demandait pour Mont-Carmel
un autre prêtre avec lequel « il soit possible de donner ses raisons
sans s'exposer aux tempêtes » . Leur demande fut acceptée sans trop de
difficultés car le curé avait déjà donné sa démission et, dans un
télégramme envoyé le 15 août 1905, il acceptait « avec reconnaissance la
cure de St‑Elzéar » ; des terres lointaines de Saint
Thuribe (Comté de Portneuf), paroisse qu'il venait de
fonder, l'abbé J.‑E.‑Olivier Martin acceptait, le 31 août, la cure de
Mont‑Carmel.3o
Le nouveau curé répondait aux besoins de l'heure. Son
prédécesseur n'avait pas su créer l'unité dans sa propre paroisse pour
de multiples raisons, entre autres ses excès de langage et son manque de
diplomatie; il avait affronté des problèmes auxquels il n'avait pas su
faire face. Le chef religieux s'était heurté à une opposition menée par
des hommes décidés et certes très exigeants à l'endroit de leur curé.
Quant au nouveau curé, il possédait plusieurs atouts, notamment son
tact, sa modération et sa sagesse, pour calmer les esprits et réaliser
les constructions projetées.
Le débat entrait dans sa derrière phase. Le 8
septembre 1905, le même commissaire Beaudet revenait sur Place pour
vérifier les allégations de la requête du 16 juillet; il présida une des
assemblées les plus houleuses que la paroisse ait
jamais connue. Pourtant, son procès verbal, signé
en présence du curé et de quelques témoins, ne dénote rien de bien
particulier: il a choisi, pour les futures constructions, un emplacement
de la terre de la Fabrique, situé sur un terrain élevé, à environ huit
arpents au sud de l'église actuelle et à un arpent de la route centrale;
le choix du site a reçu l'adhésion de la majorité et contenté les gens;
le déplacement n'affecte pas trop les vingt maisons du village ni les
bâtisses de la Fabrique, qui sont à refaire; ceci élimine le problème
amené par la nécessité de déplacer de quelques pieds vers le sud
l'église nouvelle si on la laissait sur le site actuel, et elle se
trouverait alors sur un terrain bas et marécageux. Le commissaire a
aussi fait ‑promettre aux paroissiens d'accepter « sans récrimination,
ni opposition » la décision finale de Monseigneur Bégin, Archevêque de
Québec, « tant pour la place de l'Eglise, sacristie et presbytère que
pour les dimensions et mode de construction » .31
De retour à Saint‑Pascal, le curé Beaudet rédigea un
autre texte, y consignant ce qu'il n'avait pas inscrit au procès‑verbal
officiel. Ce texte mérite d'être cité in extenso, tant son
contenu traduit l'atmosphère de cette crise:
J'ai
l'honneur de transmettre à Votre Grandeur le rapport de l'assemblée de
N‑D. du Mont‑Carmel tenue ce jour, assemblée très orageuse, qui a duré
332' heures. A un moment donné quant il s'agissait du site de l'Eglise
future, j'ai cru qu'il allait y avoir une prise générale, une bataille
bien conditionnée. 80 votaient pour le transfer de l'Eglise sur le beau
plateau mentionné dans mon procès‑verbal et 39 contre. J'ai fait le
faché, je leur ai dit comme ils étaient et seraient la risée du pays,
s'ils continuaient à se chicaner, que Votre Grandeur les laisserait
indéfiniment languir avec leur vieille Eglise tant qu'ils ne
s'entendraient pas comme des frères. « Enfin, leur ai‑je dis, vous
voulez demeurer catholique et vous reconnaissez Monseigneur Votre
Archevêque comme votre tête, vous avez confiance à Lui, vous entendez
lui rester unis. Eh bien! décidez par un vote unanime que vous vous en
rapportez à son jugement » . Et ce vote pris a donné la Masse de
l'Assemblée dans le sens affirmatif, et seulement 7 ou 8 qui n'ont pas
voulu adhérer à ma proposition. Et ce qui me paraît pénible à dire: ce
semble être un peu la faute du curé Dionne, si
ces 7 ou 8 sont montés de la sorte. II a avoué que le porte‑étendard de
ce petit groupe était un des Meilleurs garçons de sa paroisse, qu'il
regrettait d'avoir parlé à l'assemblée aussi follement qu'il l'avait
fait. M. le Curé Dionne était si monté avec ses amis pour le site actuel
de la future église qu'il ne voulait pas même qu'on parlât dans
l'assemblée d'aucun site pour la future Eglise. J'ai obtenu avec la plus
grande misère qu'il laissât l'assemblée pour me permettre de traiter
librement avec les paroissiens. II aurait été bien préférable d'attendre
après son départ pour tenir cette assemblée.
Dans tous les cas, je conseille bien à Votre Grandeur de
ne pas lancer de décret tant que Mr Dionne sera là. Et même, si les
circonstances ne se compliquent pas davanta e, après 'le départ de
l'ancien curé et avant l'arrivée du nouveau, je laisserais libre un
dimanche ou deux où le curé de St Pascal pourrait aller faire l'office
et lire Votre Décret de construction et de site adopté par la grande
Majorité, et je serais bien surpris si on ne remportait pas alors une
victoire complète.32
Ma
conviction profonde, basée sur l'opinion de citoyens impartiaux de la
Paroisse, est qu'il est mieux que l'église ne change pas de place.
L'orage, si orage il y a, sera moins forte en laissant les choses dans
le statu quo. Que Monseigneur déclare que tout pesé et considéré il s'en
tient à la décision donnée il y a quatre ans. Jusqu'à l'assemblée tenue
par Mr Beaudet on ne s'attendait à aucun changement.
Le plus
tôt le décret du site viendra, le mieux cela sera, demain si c'est
possible. II me sera d'un grand secours pour décider définitivement la
question des matériaux, en présence d'un entrepreneur que j'attends
demain.36
A tous ceux qui les présentes
verront savoir faisons que [ . ] le Tout bien
pesé et mûrement considéré, nous croyons devoir Nous en tenir à la
décision que Nous avons donnée il y a quatre ans sur le site de la dite
église: cette église sera construite au même endroit que l'ancienne,
avec façade sud‑ouest [ . . . ] 37
Pris par surprise, les paroissiens avaient accepté la
suggestion du commissaire relative au nouveau site de l'église; mais le
premier moment de stupeur passé, la solution, possible dans l'abstrait ‑
entre deux extrêmes, on choisit le centre, ‑ s'avérait d'une réalisation
un peu utopique. Aussi une requête demandant de conserver le site actuel
de l'église fut‑elle envoyée, le 11 septembre 1905; on y exposait le
manque de solidité du terrain proposé, l'isolement de cette église ‑
elle serait en plein bois, ‑ les problèmes du faubourg, l'absence d'eau,
le besoin d'acheter du terrain pour pouvoir se rendre à l'église, la
nécessité de reconstruire « bâtiments, hangars et autres dépendances >
du curé et le peu d'avantages réels pour les paroissiens les plus
éloignés de l'église de ce côté. Cent deux personnes avaient apposé leur
signature ou croix.33 Pour sa part, le curé Martin, encore à Saint‑Thuribe,
se montra fort surpris de ce changement de site et demanda à Monseigneur
Bégin d'attendre son arrivée à MontCarmel avant dé prendre une décision
(14 septembre).34
On attendit son arrivée et, le 17 octobre 1905, il
pouvait écrire à Monseigneur Marois, V.G., que les gens lui paraissaient
des mieux disposés; d'après lui, la proposition du curé Beaudet ‑était
illégale, quoique faite dans une assemblée légale, parce que l'avis de
convocation ne mentionnait pas cette question; Monseigneur pouvait
cependant suivre cette suggestion car l'assemblée lui avait donné toute
autorité. Quant aux matériaux, il s'était produit à ce sujet un
revirement d'opinion et les gens penchaient maintenant en faveur de la
pierre.35
L'optimisme du curé Martin était peut‑être exagéré,
parce que l'agitation se poursuivait encore dans la paroisse; certains
craignaient que la décision de l'assemblée de construire sur la côte ne
soit pas respectée. Pour régler la question, l'abbé Martin suggéra une
décision. rapide pour le même site:
L'abbé Martin fut écouté et, le lendemain, 4 novembre
1905,. Monseigneur Louis‑Nazaire Bégin, Archevêque de Québec, décrétait
ce qui suit:
A une
assemblée de paroisse tenue le 12 novembre 1905,3$ le curé était
autorisé à choisir lui‑même les matériaux nécessaires: il choisit de
construire en pierre.
Malgré l'ordonnance de l'Archevêque de Québec
‑, de nouvelles tentatives furent faites en vue
d'obtenir un changement de site; le 6 février 1906, une requête
approuvée par cent trente‑neuf habitants du haut de la paroisse
réclamait ce changement; d'abord communiquée
à l'entrepreneur de l'église, joseph Cosselin de Lévis, afin de savoir
s'il consentirait à construire sur la côte, non en bas, elle fut ensuite
reluise à Monseigneur Bégin, le 23 mars suivant; une lettre assez acerbe
l'accompagnait:
Ci‑point
une requête signée et datée du sept Février dernier, et qui avait de
suite été confiée à Mr Gosselin entrepreneur. Dans sa réponse Mr
Gosselin nous dit n'avoir pu voir votre Grandeur mais que Mgr Têtu
aurait dit en toute lettre que Monseigneur après avoir visiter les
lieux, décide de bâtir à la même place. Le même
décret disait aussi Monseigneur que l'Eglise serait construite en bois.
[ . . .
] La majorité est en haut et unanime à demander justice. La majorité
demandait de bâtir en bois, nous bâtissons en pierre. La majorité
demande de bâtir sur la côte, nous bâtissons en bas, pourquoi donc
Monseigneur la majorité est‑elle toujours ignorée; ici au Mont‑Carmel
les hommes disparaissent et les injustices une fois consacrées restent
pour être supporter par ceux qui restent.s9
La réponse, qui est de la plume du secrétaire de
l'Archevêque, coupa court à toute discussion:
Sa
Grandeur a déjà donné à cette affaire la meilleure attention possible,
et ce n'est qu'après avoir mûrement pesé les divers projets qui ont été
soumis, qu'Elle a jugé préférable de maintenir le site actuel de
l'Eglise pour y placer la nouvelle. Elle a, en conséquence, émané son
décret et Elle ne voit pas dans votre nouvelle requête de raison de
modifier la décision, attendu que tous les motifs invoqués ont été
l'objet du plus sérieux examen.4o
Cette réponse mit un point final à la querelle de
1905‑1906; la décision de l'Archevêque était irrévocable et on devait
s'en accommoder. Le ler juillet 1906, Messire J.‑R. Desjardins bénit la
pierre angulaire de l'église nouvelle en présence d'un grand nombre
d'habitants de la paroisse et des curés de la région; l'abbé Louis-Philippe
Delisle, curé de la Rivière‑Ouelle, donna le sermon de eirconstance.41
Cette nouvelle église fut ouverte au culte à la fin de l'automne, soit
le 8 décembre, mais aucune cérémonie spéciale ne semble avoir marqué
l'événement, et pour cause . . .
L'église mesure cent soixante et un pieds de longueur et
cinquante‑six de largeur (dimensions extérieures et environ quarante
cinq pieds de hauteur « des lambourdes à la voûte > ;
les architectes Ouellet et Lévesque de Québec en ont tracé les plans et
joseph Gosselin, entrepreneur de Lévis, a dirigé les travaux de
charpenterie et de maçonnerie. La pierre provient du quatrième rang et
du rang de la montagne, et est d'une assez bonne qualité; le transport a
été assuré par corvées.
La vieille
église fut déplacée plus au sud durant les travaux de construction; elle
a été démolie par la suite. La Fabrique a vendu la sacristie à jean
Langlais de Saint‑Denis, en novembre 1906. Quant au presbytère, on l'a
démoli presque en entier et on l'a reconstruit sur le même emplacement.
Nous n'avons pas pu retrouver le coût exact de ces constructions qui se
situe entre $20 000 et $25 000; on en a défrayé une partie au moyen de
billets garantis (souscription) et le reste fut emprunté par le curé à
des particuliers plus fortunés de la paroisse. La dette ne fut
complètement éteinte qu'en 1958
'APMC,
min. I, no 89. 'AESAP, MC, I: 165. '°APMC, f. éparses. M. Lindsay à M.
L.P. Lévesque, 5 avril 1906.
'IAPMC,
min. 1, no 92. Acte de la bénédiction de la pierre angulaire. Elle se
trouve sur le côté nord du portique central, la sixième depuis le bas
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