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FRAPPÉ DE CÉCITÉ,
BENJAMIN DRAPEAU
DEVIENT UN INDUSTRIEL D’ENVERGURE

 

 
 

Benjamin Drapeau, résident et originaire de Mont-Carmel, dans le comté de Kamouraska est devenu un chef d’entreprise après avoir été terrassé de cécité complète vers l’âge de 32 ans, à la suite d’une maladie indéterminée. Alors, propriétaire d’un moulin à scie et d’un commerce de bois florissant et qui s’avérait de plus en plus expansif, ce fut, à la suite, un désastre complet, une débâcle à faire perdre courage aux plus tenaces.

Père de famille de dis enfants; il perdit donc tous ses biens et plus l’essentiel la vue et, il ne reçut aucune aide de qui ce soit et, en l’occurrence encore moins de ces présumées sociétés de bienfaisance qui quêtent constamment à nos portes pour nous détrousser au nom d’une charité qu’elles font rarement. Surtout dans des cas aussi désespérés que celui-ci.

En dépit de tout cela, monsieur Drapeau ne se rebuta pas. Seul avec son grand courage devant l’adversité qui l’affligea il ne se laissa pas sombrer et défia énergiquement le destin cruel qui n’était que son lot pour tout partage. Donc complètement ignoré de tous on le laissa se débattre dans l’infortune en ayant aucune considération en vertu d’une nombreuse famille qui avait tous les droits à la vie, au bien-être, à la sécurité.

Mais comment a-t-il pu se tirer d’affaires? Comment a-t-il pu réussir là où tant d’autres auraient échoué? Tout simplement en en redoublant de courage, en gardant confiance en lui-même et en développant ses nombreuses aptitudes avec une telle énergie telle que son geste de tous les instants peut servir d’exemple salutaire à plusieurs.

Cécité complète

Devenu totalement aveugle en 1946, il fit la connaissance de quantité de spécialistes qui ne réussirent pas malheureusement ce qu’ils auraient voulu. Pendant trois ans monsieur Drapeau lutta contre cette cécité. Le verdict de cécité complète fur aussi cruel qu’irrémédiable. Stoïquement, il accepta et, sans se lamenter il se mit immédiatement à l’œuvre avec la responsabilité et dix enfants et d’une épouse sur les bras. Épouse exemplaire qui, d’ailleurs le soutint et l’encouragea on ne peut mieux.

Gagner la vie d’un tel nombre d’enfants qui poussent vite, qui sont aux études et qui ont de multiples exigences n’était pas une sinécure vu son affliction, l’une des pires qui soient. C’est alors qu’il eut l’idée d’organiser une petite confiserie – bonbons qu’il fabriquait dans une remise et qu’il vendait de peine et de misère dans les alentours de sa petite localité de Mont-Carmel, petit village paisible perdu dans les montagnes Alléghanis. Mais comme son produit était de qualité, la demande augmenta et les marchands en achetèrent de plus en plus. Comme la valeur n’attend pas les années . . . sa toute petite industrie prit de l’expansion et, pour des raisons d’ordre technique, ne pouvant plus satisfaire à la demande, il eut l’idée de simplifier le problème en fabricant un produit alimentaire susceptible d’avoir sa place sur nos tables. Un produit de fabrication moins compliqué qu’une variété de bonbons.

Il commença donc en 1949, à fabriquer un sirop de table de marque désormais bien connue «Le Sirop de table Sportman». Allant de succès en succès – ceci apporta cela - pour finalement ajouter la fabrication des contenants en carton, en plastic et en verre pour mélasse et autres produits liquides. Bref, ce fut la production intensive qui s’ensuivit et sa rentabilité était chose assurés.

Maintenant enregistrée sous la raison sociale de «Confiserie Sportman Inc.» l’on fait des affaires sur une haute échelle en vendant directement aux négociants en gros et aux coopératives – à ces négociants qui par un esprit nationaliste bien équilibré voient à ce que survive la petite industrie de chez-nous et que ses produits soient mis en vedette. Ce sirop de table traité à l’érable est devenu indispensable, nutritif il est aussi économique et fait les délices des palais les plus difficiles.

Donc, d’un chiffre d’affaires minimes d’environ $1,000.00 en 1949 (au début), la Confiserie Sportman de Monsieur B. Drapeau en est rendu, en 1965, à atteindre des sommets inespérés en faisant un chiffre d’affaires de l’ordre de un demi-million pas année.

Qui maintenant osera affirmer que les Canadiens-Français n’ont pas le sens des affaires ou que la petite industrie est en voie de disparaître? Disons plutôt que lorsque disparaît «la petite industrie» c’est parce qu’elle grandit, qu’elle devient importante et, que comme les petits ruisseaux, elle contribue à fournir l’eau au moulin de l’économie universelle.

Cependant, le cas particulier de M. Drapeau n’en demeure pas moins une sorte de phénomène en lui-même. Surtout quand on voit des hommes d’affaires affligés de dépression parce que leurs affaires augmentent et que ce denier qui passa par le désastre n’en fit pas c’est à se demander si parfois le malheur n’inspire pas un surcroît de volonté. Aveugle, monsieur Drapeau devait posséder un équipement de machinerie adéquate à son était, machinerie qu’il devait connaître afin de bien contrôler la production. Pour ce faire, il a donc conçu lui-même cette machinerie adaptable à son était de cécité, c’est-à-dire, que ne pouvant la voir fonctionner, il peut se rendre compte, par l’ouïe, si tout va normalement, car ces machines sont construites avec dispositifs spéciaux, munis d’avertisseurs réglés selon les besoins et qui ne déraillent jamais. La réalisation de tout ceci est tout simplement ahurissant pour nous qui ignorons jusqu’à quel point nous sommes comblés.

La prospérité

Énergique, ingénieux, tenace, monsieur Drapeau a atteint le succès, la prospérité et la sécurité pour tous les siens. C’est un des nôtres qui a réussi avec moins que rien si ce n’est qu’avec la «collaboration» constante du plus grand malheur qu’un homme puisse essuyer : la cécité. À notre point de vue, cet homme est plus qu’un exemple; il est une leçon de morale pure.

C’est donc dire qu’au pays de la BELLE PROVINCE, ce ne sont pas ni les compétences ni les innovateurs qui font défaut quand, toutefois, on a le courage d’accepter l’adversité et de profiter du fait que si Dieu nous prive d’une chose essentielle Sa Providence nous favorise en double pour suppléer à la dite perte. Mais pour comprendre cela il faut nécessairement avoir beaucoup souffert, avoir eu tous les déboires tel cet aveugle devenu un industriel d’envergure. La prospérité de cet homme exceptionnel n’est pas seulement la sienne, elle est une contribution active à l’essor économique du Québec.

Sur ce, disons que les hommes ont de la valeur - n’ont pas selon leur compte de banque - mais en autant qu’ils ont des vertus créatrices qui les caractérisent dans le domaine respectif où ils évoluent en vue du bien collectif. Monsieur Benjamin Drapeau en est donc un exemple frappant puisque parti de rien il a évolué par lui-même et atteint des sommets inespérés de succès.

 

 

 

 

Conception et réalisation
Rosaire Dionne

 

 
 

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